Billet d’auteur chez SEDRAP

Séverine Butez Devillers

Séverine Butez Devillers est enseignante, auteur du blog Le cartable de Séverine et de Filou mène l’enquête paru chez SEDRAP.

Elle partage avec nous son parcours et son expérience autour la production d’écrits.

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                « Ah la rédaction … » tout un programme ! Pour certains, elle va signifier un mauvais moment à passer car cet exercice de haute voltige mobilise tant des compétences langagières, qu’un recours à l’imaginaire, à la créativité, à la culture. Nombre d’enfants ont bien des difficultés à jongler avec tous ces savoirs et savoir-faire. Nombre d’entre eux sont « bloqués » face à la page blanche. Qu’écrire ? Mais pour d’autres, cet exercice est un réel moment de plaisir où ils laissent s’épanouir leur créativité, pour qui écrire est « facile ». L’expression écrite semblerait aussi aisée que l’expression orale.

Quant à moi, je me souviens, enfant, encore de rédactions que j’avais plaisir à lire ou à raconter à ma famille, car c’était l’activité scolaire que j’affectionnais particulièrement et dans laquelle je me sentais « exister ». « Inventer, créer, faire vivre par les mots » étaient une suite logique, naturelle à « lire, vivre à travers les livres, partir, découvrir, … ». Je dévorais les livres tout comme j’écrivais … c’est-à-dire avec passion : des sujets de rédaction certes … mais aussi des histoires, des poèmes etc. …

Adulte en formation à l’IUFM, je me suis bien sûr intéressée avant tout à la lecture de livres pédagogiques traitant de la rédaction. «Comment amener les élèves à produire ? »
A l’époque, on parlait beaucoup de la « pédagogie en projets » dont je suis une adepte convaincue. Les pédagogues encourageaient à adopter cette démarche en production écrite. Ils parlaient alors de « chantiers d’écriture ». L’enseignant ne demandait plus à ses élèves d’écrire pour écrire comme nous l’avions connu dans notre enfance (même si moi j’adorais cet exercice de la « rédaction libre »), mais « d’écrire dans le but de … ». L’enseignant ajoutait un objectif communicationnel à cette production écrite.

Dans le même temps, se développait l’idée qu’on ne pouvait écrire sans lire des écrits et qu’il fallait nécessairement jongler entre les deux activités pour en maîtriser tous les aspects. Avant de pouvoir écrire un type d’écrit, il faut le connaître, l’étudier, l’analyser, le décortiquer afin d’en saisir toutes les caractéristiques, et enfin le reproduire. « Écrire » ce n’est plus jeter des mots sur une feuille sans « savoir » c’est tout un processus d’analyse et de compréhension des écrits existants pour devenir capable d’en produire un à son tour.

Voilà comment est né le projet de réaliser un fichier « clé en main » ou presque qui me permettrait en classe de programmer, selon les projets de l’année, des projets d’écriture. Il me fallait donc constituer une banque de textes référents, sur lesquels travailler, avec pour objectif de dégager des caractéristiques propres à chaque écrit, afin d’en produire nous mêmes dans le cadre de projets de classe.

Pour rendre ce travail d’analyse motivant, il me fallait trouver un moteur. Ainsi est née l’idée de présenter cet exercice de rédaction comme un exercice de « détective » avant tout, puisque l’enfant y est amené à se poser des questions, à se documenter, à analyser avant de pouvoir produire un écrit. La démarche de l’enquêteur était proche de celle empruntée par l’élève qui veut réussir à écrire. Il doit mener son enquête pour réussir sa mission : rédiger un texte. Quand j’écrivais « clé en main » ou presque, c’est qu’en effet, je n’ai pas prévu dans ce fichier toutes les activités de systématisation linguistique parallèles à développer, propres à chaque classe et à ses besoins orthographiques, grammaticaux et lexicaux.

Quelques précisions quant à la révision des textes produits : je suis avant tout exigeante quant au fond et à la forme lors de ma première « correction » ou « révision » de leur texte. Je prends donc le parti de « corriger » moi même tout ce qui est orthographique afin de ne pas les « surcharger » cognitivement et de privilégier la « réécriture » si elle s’avère nécessaire, sur les autres aspects du texte c’est-à-dire le contenu et la mise en forme mais aussi sur la structure syntaxique de la phrase. C’est un parti-pris mais rien n’empêche d’utiliser un codage de correction, par exemple utilisé en dictée, et de l’appliquer lors de la correction du premier jet. Je déconseille toutefois de multiples réécritures afin d’éviter de « dégoûter » l’élève de cet exercice.

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Si mes propos ont trouvé un écho en vous, n’hésitez plus et découvrez mon fichier « Filou mène l’enquête »

 

Vous pourrez également retrouver cet article sur le site de SEDRAP.

Durant l’année scolaire, quelques exemples de productions écrites réalisées par mes élèves de CE2/CM1 avec différents profils de compétence seront postés sur mon blog.

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