Parents et enseignants, comment développer le vocabulaire des enfants ?

Nous, les parents et grands-parents que pouvons-nous faire ? 

A l’ère des tablettes, téléphones portables et ordinateurs, l’enfant est souvent seul et passif sans accompagnement de l’adulte pour le guider, l’interroger, interagir face à ces supports.

Attention, je suis convaincue des bienfaits pédagogiques du numérique quand il est exploité de manière raisonnable et intelligente. Mais je suis aussi convaincue que son utilisation abusive et inappropriée rend les enfants agressifs (frustrations lors des jeux), passifs, pauvres dans les échanges oraux, inattentifs, hyperactifs (excitation) … 

L’enfant se construit dans l’interaction ! L’adulte, suspendu à son téléphone, ne répond plus aux sollicitations des enfants. Il coupe la communication avec lui ! 

Quand j’assiste à une scène de colère d’un enfant dans un magasin ou une salle d’attente, souvent, l’adulte face à lui ne l’écoute pas et c’est pour ça qu’il crie, qu’il essaie d’attirer l’attention. Et c’est souvent vain. Soit l’adulte s’énerve et crie à son tour, soit il l’ignore en continuant de pianoter sur son téléphone !

Le langage oral est mis à mal dans notre société où l’on prime le « tout communication » en restant connecté avec son réseau familial et amical à distance en oubliant ceux qui sont proches de nous. 

Alors reconnectons-nous à nos enfants !

Prenons le temps de leur parler, d’échanger sur les sujets de la vie quotidienne, sur ce qu’ils ont fait à l’école, d’ouvrir les cahiers et de leur poser des questions, de s’intéresser à ce qu’ils ont vécu durant leur journée d’écolier. Prenons le temps, le soir, de lire une histoire avant de dormir, de découvrir un univers et de s’interroger sur cet univers pour en vérifier la compréhension, pour enrichir son vocabulaire. Ouvrons aussi des livres documentaires pour le plaisir d’apprendre, de découvrir, de se questionner.

Je me souviens du temps où les livres étaient nombreux, à la maison, dès la première année de nos enfants afin de leur apprendre le nom des animaux, de leurs petits, de leurs cris, leur habitat. Qu’en reste-t-il de cette pratique dans les familles ? Je me pose des questions quand je vois l’appauvrissement des connaissances basiques de mes élèves. 

Alors que faire pour palier à ces manquements éducatifs et sociétaux ? 

Réveiller les consciences endormies et changer nos habitudes, cela devient urgent ! 

Et nous, les enseignants, que pouvons-nous faire en classe au quotidien ? 

Comme l’écrit Sabah Al Bilaniorthophoniste et chercheuse en psychologie cognitive à l’Université de Lille, dans son article ici paru sur le site de Corneille, « L’apprentissage du vocabulaire est indispensable pour le développement global de l’enfant. Il lui permet à la fois de communiquer aisément avec son entourage et d’accéder facilement aux apprentissages. Il est donc nécessaire de commencer tôt et de manière proactive à enrichir le vocabulaire. »

OUI mais comment ? 

1. En classe, tous les domaines scolaires, permettent les échanges oraux entre l’adulte et l’enfant et entre les enfants, à travers des discussions sur les objets, les nombres, les actions, les émotions, une histoire, le temps qui passe, la météo, les expériences scientifiques menées en classe … Tout est sujet à « discuter », à argumenter, à questionner …et ce toute la journée.

Bien sûr, la communication doit s’apprendre dans le respect de chacun, sans agressivité, on parle chacun son tour, on s’écoute, on rebondit sur les propos des autres. 

2. L’enseignant peut instaurer des séances de vocabulaire quotidiennes grâce à des outils existants. 

Quand je suis arrivée en maternelle, en MS, convaincue de l’importance de séances de vocabulaire quotidiennes, je suis allée explorer la toile en quête d’outils pédagogiques. C’est ainsi que j’ai découvert une expérimentation faite en Bretagne, dans des écoles de la région par des classes de maternelle sur l’apprentissage du vocabulaire. C’était le site officiel et originel du projet « Apprentilangue » géré par deux passionnées de l’apprentissage du langage, Fanny De La Haye, Maître de Conférences en psychologie à l’INSPE de Bretagne et Marianne André-Kérébel, Psychologue scolaire à Brest.

J’ai découvert ensuite que les éditions Nathan s’était emparé du projet et allait publier ce formidable travail.

J’’ai investi de suite dans les deux boîtes « Apprenti langue » Moyenne Section et Grande Section afin d’avoir un éventail de thèmes variés : les jeux et jouets, la météo, les animaux du zoo, la mer et les contes, l’école, la motricité, le corps humain, le jardin et les émotions.

Dans chaque thème, les enfants travaillent 32 mots principaux et 8 mots complémentaires pour acquérir un bagage lexical de plus de 200 mots. Le dispositif propose des séances ritualisées qui favorisent l’imprégnation : à chacun son rythme d’apprentissage, de mémorisation, de réactivation et de réinvestissement.


J’ai réalisé un « Cahier de vocabulaire » en MS et GS afin que cet enrichissement lexical soit l’affaire de tous, parents et enseignants. 

Le retour des familles est très positif ! Ils me font part de leurs pratiques pour revoir les mots grâce au cahier de vocabulaire que je donne toutes les deux semaines, de leurs échanges avec leurs enfants, du vocabulaire réinvesti au quotidien (mots utilisés fièrement par les enfants dans des situations variées). 

Bilan de ces 3 dernières années : Les enfants mémorisent avec motivation et réussite les 40 mots par période qu’ils découvrent chaque jour sur TNI. On réinvestit chaque jour grâce à des jeux (lotos, memory, jeu de Kim, mots à reconstituer …). Les scores aux évaluations orales sont excellents. Presque tous les enfants obtiennent autour de 28/ 32 mots et le score le plus bas ne descend pas en dessous de 25/32 mots. A chaque nouvelle période, je rebrasse les périodes précédentes en plus de la nouvelle afin de m’assurer que cette acquisition soit pérenne. C’est le cas !

3. Quelles sont les autres pistes pour enrichir le vocabulaire ? 

Il existe de multiples entrées : 

Pour que les mots s’ancrent durablement, il est crucial de les aborder par différentes voies sensorielles et cognitives. Plus un mot est rencontré dans des contextes variés, plus il est intégré profondément :

  • L’image : des cartes illustrées, des photographies, des dessins qui ancrent le mot à un référent visuel.
  • L’oral et l’audio : entendre le mot prononcé correctement, écouter des histoires, des poèmes, des comptines où il apparaît.
  • La mise en contexte : utiliser le mot dans des phrases, des histoires, des jeux de rôle pour lui donner du sens.
  • La manipulation et le jeu : loto, memory, jeu de Kim, mots à reconstituer… les jeux ancrent le lexique avec plaisir.
  • L’écrit : trace écrite dans un cahier de vocabulaire, production de phrases, découverte par la lecture.
  • La réactivation régulière : rebrassage des périodes précédentes pour s’assurer que l’acquisition est pérenne.

La bibliothèque Corneille : une ressource de référence

Pour aller plus loin dans les apports théoriques et trouver des ressources pédagogiques, le site de Corneille propose une bibliothèque de contenus riche : articles de chercheurs, fiches pratiques, audios d’histoires, ressources numériques et séquences pédagogiques.

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Pour conclure, il faut agir ensemble dès maintenant !

Enrichir le vocabulaire d’un enfant n’est pas une affaire d’experts ou de spécialistes. C’est l’affaire de tous : parents, grands-parents, enseignants, qui vivent près de lui. Chaque conversation, chaque livre ouvert, chaque histoire racontée, chaque audio écouté ensemble pose une brique supplémentaire dans son bagage langagier.

En classe, des outils structurés comme la méthode Apprenti langue des éditions Nathan montrent qu’avec une approche systématisée, ritualisée et ludique, les résultats sont remarquables. La bibliothèque de ressources de Corneille offre aux enseignants comme aux parents un accès simple des contenus de qualité à lire ou écouter.

Le vocabulaire ne se développe pas tout seul. Ça se cultive, patiemment, avec amour, et avec les bons outils. Alors… ouvrons les livres, lançons les conversations, écoutons des histoires, jouons avec les mots et donnons à chaque enfant les clés du langage.

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